LA CORRESPONDANCE FREUD - FLIESS

LA CORRESPONDANCE FREUD - FLIESS
Ils nous regardent?

mercredi 3 mars 2010

En voilà des manières!


Qu’est-ce que c’est cette façon de vouloir faire le voyou, le « bastard » avec Freud et l’autre ?

Ça passe par Rimbaud, Tarantino et l’enfant entêté. Ça passe dabord par F.F Coppola et son Godfather.

Mon premier contact avec la vie en collectivité a été un peu rude. A cinq ans, j’ai débarqué de ma province. Les parents n’avaient pas encore trouvé d’appartement. Provisoirement, j’ai été en pension ; trois mois. Je ne savais pas ce que c’était l’école, je n’avais jamais quitté ma famille. J’étais un peu rebuté par les consignes autoritaires, et j’allais souvent à rebrousse-poils. Un jour, la maitresse m’a dit : « En voilà un genre ! » Je ne me souviens pas ce que j’avais fait. Sûrement quelque chose qu’il ne faut pas faire.

Le Parrain est une saga qui montre la lutte insensée et meurtrière des hommes entre eux, pour la transmission et la conservation de la Puissance. Tous les coups sont permis. Ça soulage. Dans le Parrain 3, au moment où ça commence à déconner pour Michaël Corleone, le fils du Parrain-Brando, le fils d’un de ses frères, assassiné par une bande rivale, fils hors-mariage, bastard, Vincent, prend les choses en main. Littéralement : il se la tient dans la main, d’un geste très méditerranéen, qu’on ne voit guère dans nos latitudes psychanalytiques, où il n’est question que de ça… Ce geste emblématique que j’ai montré à certains sur le dvd, est précédé deux fois du mot « bastard », et bientôt suivi encore une fois du mot « bastardo » qui déclanche pour de bon les hostilités avec Zaza ,qui traine Corleone dans la boue, derrière son dos.


J’ai tendance à penser qu’à ses débuts, et tout au long de sa vie, Freud a été traité et trainé comme un bastard . En voilà un genre ! Dire des choses pareilles… Hitler et ses camps étaient bienvenus pour ce genre de racaille. La plus part des lectures, sinon toutes, effacent cette face des choses. Il faut aussi imaginer que derrière l’amour de Freud pour l’autre, derrière ou à côté, de l’autre côté, de l’Autre, il y a une lutte à mort pour la Puissance entre F et F, que Freud ne perçoit pas d’abord, et dont Emma Eckstein fait les frais. Ça prend très cher cette histoire.


Alors, si on veut mettre ça sur scène, en scène (en càd : dedans), il faut montrer un peu le bout de son nez, et le bout d’autre chose. C’est pour ça que le geste de Vincent dans Parrain 3 (ch 4) me va bien. Ça montre qu’il y a quelque chose qui déborde. Qui déborde là, à cet endroit-là, comme ça déborde dans les fosses nasales de la petite. On ne peut plus se contenter, si on accepte ce point de vue, de lire ça peinard, dans le meilleur des cas !, ou en ânonnant les phrases comme un élève discipliné, un peu géné parce qu’il ne comprend pas ce qu’il lit. Il faut mettre les moyens, les inventer, les trouver, mettre du feu sous la casserole.


Les impros sont un pont jetté vers la possibilité du mouvement, vers la découverte de ce dont le corps et la voix sont capables, à partir du moment où ils ne sont pas soumis à un texte toujours canonique. Petit à petit avec ces impros, on va s’approcher du cœur de l’affaire. Peut-être va-t-on réussir la rencontre entre les lettres et la scène. Peut-être pas.


C’est aussi pour ça que je vous demande d’imaginer quel serait votre costume de bastard, et quels seraient vos accessoires. Je ne dis pas qu’on va en rester là, à une « coppolation » des lettres de Freud. Mais il faut sortir de nos écoles-psy, comme des sales gosses que nous voulons retrouver. C’est une tentative d’imagination que je vous demande, pour donner corps à ce fait : du sexe en lettres et en scène. Ça concerne aussi le grain et le débit de la voix. S’il y a de l’Autre-scène, va falloir un peu se bouger pour y aller.


Et comme disait John Cassavetes « Come on baby, show me something ! »


Je suis vraiment content, excité, gourmand de tout ce qui se fait là. On a pas fini de rigoler, ni de voir ce qu’on va voir.


A vendredi. Apportez vos musiques. On retravaille l’impro sur « Eric est malade », sans Eric, absent, et avec d’autres. « Eric » n’est pas malade, c’est un bastard. C’est une maladie insupportable. Go !


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