LA CORRESPONDANCE FREUD - FLIESS

LA CORRESPONDANCE FREUD - FLIESS
Ils nous regardent?

lundi 16 août 2010

Szaszi, Chapelier, Père et Fils (extraits)



(Extraits d'une nouvelle écrite à partir de l'impro "l'attente à la gare")

(...) Une voix de femme qu'atténue la précipitation de petites ondes intempestifs annonce que le trafic ferroviaire reprendra en cette fin de matinée, le 5 mars 1946. Il est 7h05, et pourtant l'homme se prépare à sortir. Il passe son vieux pardessus sur un costume gris fatigué. Frau Szaszi ne veut pas le contrarier. Et puis, sait-on jamais, ils peuvent se tromper à la radio. Pourquoi le train qui doit lui ramener son fils n'arriverait-il pas plus tôt? Comment, mais comment se raccrocher à une quelconque ordination du monde après que le soleil fût tombé en-deçà de l'horizon? La suite des faits a engendré le malheur, sait-on jamais, oui sait-on jamais, une succession d'évènements aléatoires peuvent tout autant le faire cesser. Herr Szaszi dépose sur sa tête un chapeau feutre. C'est avec gratitude qu'elle le voit s'avancer à petit pas dans le corridor qui le mène vers la sortie ; son coeur de vieille femme se raidit sous sa poitrine ; « Putain de guerre! elle m'a volé mon fils, a métamorphosé mon élégant mari, homme jadis joyeux et hardi, en ce vieil homme triste et fatigué ». (...)

***


(...) Une femme élégante se meut d'un léger mouvement pour laisser au vieil homme une place sur le banc où elle est assise. L'homme s'y installe sans même réaliser que cette possibilité échoie de la courtoisie de cette femme. Elle s'adresse a cet homme agité :


  • Vous attendez quelqu'un?

  • J'attends le train de Berlin où j'espère s'y trouvera mon fils. Il a participé à la campagne de France puis... Plus de nouvelle depuis plus de... On prétend que son régiment... Enfin j'espère!

  • Oh! moi aussi j'attends mon fils, Claude, il a 10 ans. Mon mari et moi sommes séparés et c'est la toute première fois que mon fils prend seul le train. Dans un tel contexte... Je n'aurai pas dû!


En d'autres temps, Herr Szaszi, lui si peu enclin à l'extravagance, s'étonnerait de trouver élégante cette femme au Borsalino, en tailleur pantalon à la mode de Paris, sous un manteau croisé gris anthracite de cachemire. Est-elle française? Là serait l'origine de cet accent si délicat. L'excellence du goût de l'étrangère se trahit, selon Herr Szaszi, dans le choix de ce luxueux sac de voyage de cuir souple, posé sur ses genoux. «Jamais Emma n'aurait laissé leur fils, Franz, voyager seul». (...)


***


(...) « Comme mon père et mon grand-père, je serais chapelier. C'était ainsi, je n'ai jamais imaginé autre chose pour moi. Je me souviens que très jeune, alors que mes jambes pouvaient à peine me porter, j'évoluais dans l'atelier, celui installé dans l'arrière boutique, celle où nous sommes toujours sur le Graben.... Enfin, où nous étions jusqu'en 43... » La voix de Her Szaszi pleure, ces vieilles mains délicates – de ces mains, du pouce et de l'index duquel il tenait le fil à introduire dans le chaton de l'aiguille de la machine à coudre les bordures des chapeaux et leurs doublures de tissus soyeux, de ces chapeaux que l'on retrouvait aux vitrines des magasins de luxe des capitales européennes, et même de grandes villes de l'est américain dont New-York, Boston et Philadelphie... passent sur son visage apaiser les larmes retenues. « C'était avant que nous agrandissions la surface de vente, lorsque que mon père eût décidé d'étendre nos activités à la ganterie, puis la maroquinerie. De cette époque, j'étais dans ma onzième année, les ateliers de la Chapellerie « Szaszi Père et fils » furent installés dans le quartier de la Zurbenstrasse... Donc enfant, oui, déjà, très tôt! J'étais en quelque sorte le prolongement des mains et des jambes de mon père , de mon grand-père. Ils me demandent de saisir là une bande de feutre, une bobine de fil de coton noir où gris, là sur le rayonnage, dans la boîte de métal blanc, troisième étagère partant du haut... De mes deux mains, les bras tendus, Ils me demandent de tenir les lisières d'une étoffe soyeuse pour en faciliter la découpe... J'observais la contagion du brillant des yeux du grand-père à mon père ; ils s'extasiaient de ma promptitude, servie par une fabuleuse mémoire, à retrouver tel ou tel bandeau, étoffe, ruban, aiguille, de mon agilité à déployer un large lé de tissu sur la longue table de chêne posait au centre de la salle à découpe, face à celle où étaient alignés les moules en bois. « C'est l'un des nôtres !» qu'ils disaient lors des rares apparitions de ma mère, occupée dans la boutique à conseiller, flatter, encourager le client à opter pour tel modèle plutôt qu'un autre. Et très vite, presque à mon insu, du temps passé à l'atelier, très peu à la boutique, encore moins à l'école que j'ai quitté après en avoir acquis l'essentiel, c'est-à-dire lire et compter, à des mots, des expressions se sont associés certains gestes, où le contraire, j'ai acquis les savoir-faire : soufflage, bastissage, semoussage, foulage, finitions, appropriage, garnissage... ». (…)


Eric Waroquet

Photo de Ernst Hass, Retour des derniers prisonniers, Vienne, 1947


mardi 3 août 2010

Photo de Ma Marie, L


Freu(n)d = ami. Les amis du je dis... (Oh le bave art!)


Les Freu(n)d du jeudi

Putain c'est tout bon! C'est d'octobre que date l'aventure, me semble-t-il. Une fois semaine on se retrouve. Pourquoi? Du Théâtre. Du corps. De la voix. De l'entre-deux scène. C'est qu'il y aurait à cela, de nos rencontres du soir des jeudis (Jeux dis, Je dis, Jeux inter-dit... Que l'on ne pourrait dire?) -après quatre jours de labeur et à la veille d'une longue journée encore à s'activer pour gagner sa croute, les quelques sous nécessaires à consommer ce qu'il y a à croquer -ce qui nous exempte pas de certaines joies, à gagner, de ce presque rien, du souffle présent dans le corps, duquel se fabrique une parole, c'est qu'il y aurait encore et du corps à découvrir qu'il y a quelque chose à dire, qui vaut la peine d'être dit car écouté, puisque écouté? C'est qu'il y aurait des amis (ad-mis) à retrouver? C'est que je les aime bien moi ces ami(e)s : B. E. F. M-J. N. P.


***


Psychanalyse, t'en es ou t'en es pas? (T'en nais ou t'en nais pas!)

Nous sommes psychanalystes, enfin l'espérons-nous. Or parfois, on avance non sans une certaine gêne, « je le suis si peu! », « je ne suis pas que cela », « laissons la psychanalyse au dehors », etc. On en viendrait presque à s'en excuser. Essayons d'extraire la dragée que nous avons dans la bouche pour tenter de dire quelque chose de cette attitude de petit rat de l'opéra qui de pas chassé en pas chassé se retrouve au-bas de la scène le tutu sur la tête... De quoi on voudrait être et ne pas...


Nos rencontres se font sous les auspices de Freud, mais pas n'importe quel Freud, certains diraient « le premier Freud », d'avant le Freudisme, le suffixe « -isme », indique que la Chose freudienne bascule du côté du système de pensée. Donc avant la fermeture,


    • « C'est fermé Monsieur, Dames, c'est fermé! Rien à voir! Revenez donc demain! ».

    • Mais c'est qu'on ne peut attendre demain, Monsieur, on ne peut attendre l'urgence est d'aujourd'hui!

il y a ouverture d'où on peut voir la Chose en train de se faire. Il est question de voir – D'un battement de paupières le voir s'ouvre au regard, de cette intériorisation s'engendre l'entendement, le dit du voir via le regard. Donc le Sigmund FREUD des Lettres à Wilhelm Fließ, 1887 ~ 1904.(1) Naissance de la psychanalyse.


Soyons bref sur le « Ne pas » : La psychanalyse aurait à fortifier le moi -A-DAP-DÉBILITÉ. Fou-thèse : c'est toujours du surmoi dont il s'agit.


***


(1)En 1887 – Freud - Fließ

Freud et Fließ se sont rencontrés à Vienne à l'automne 1887. Freud à 31 ans. L'année précédente, rentré de son voyage d'étude à Paris et à Berlin, il a ouvert son cabinet de neurologue et épousé Martha Bernays. Fließ, de deux ans son cadet, est médecin et rhinologue à Berlin; il épouse en 1892 Ida Bondy, dont la famille est proche de celle de Breuer. La relation épistolaire entre les deux hommes s'étendra sur dix-sept ans ; elle atteint son point culminant dans les années 1895-1899, dans la période se situant entre les Études sur l'hystérie et L'interprétation du rêve.


« Je l'ai beaucoup aimé autre-fois... »

Lettre de Freud à Abraham,

le 3 mars 1911


En 1887 – Rimbaud – Verlaine

La route de Charleville à Roche : Charleville – Bouzicourt – Poix-Terron – La Bascule – Tourteron – Roche.

Voilà une partie de la route. Rimbaud-Verlaine jusqu'à Roche, la ferme familiale où Rimbaud est toujours revenu se ressourcer. De la ferme, il ne reste plus qu'un mur aujourd'hui, celui qui était contigu au grenier dans lequel Arthur a écrit « Une Saison en Enfer » (Voir « Rimbaud, le fils », de Pierre Michon). Les allemands avaient fait leur quartier général pendant la première guerre mondial et l'ont rasée quand ils sont partis (ça ne s'invente pas). A la place du grenier qui était au-dessus du porche il y a maintenant une sculpture pour commémorer « Une saison en Enfer », érigée et payé par Paul Boers, un admirateur fanatique de Rimbaud. L'homme chercheur d'or, a vécu de nombreuses années à Roche dans la nouvelle maison construite à l'emplacement de la ferme de Rimbaud, cherchant le trésor d'Arthur!


Je m'explique : dans une de ses lettres à sa famille, écrit au Caire le 23 août 1887, Rimbaud, il a 33 ans, parle de 16000 et quelques cents francs qu'il porte continuellement dans sa ceinture, soit 8 kilos d'or : toutes ses économies réalisées par un dur labeur à Aden et Harar. Paul Boers est persuadé que cet or est toujours caché à Roche, et il n'est d'ailleurs pas le premier à essayer de le trouver. Il oublie un détail : dans une lettre à sa mère, écrite le lendemain (Le Caire, 24 août 1887), Arthur explique qu'il a finalement déposé l'argent au Crédit Lyonnais du Caire pour en percevoir les intérêts par l'intermédiaire de négociants pendants ses voyages.

C'était trop dangereux de toujours porter cette somme sur lui, et si lourd que « Ça lui flanquait la dysenterie » (C'est moi qui souligne). Aussi il demande à sa mère un prêt de 500 F pour partir à Zanzibar et ne pas toucher à son dépôt (C'est moi qui souligne) où bien il perdrait les intérêts (C'est moi qui souligne).


http://www.mag4.net/Rimbaud/Roche.html

Eric Waroquet

Les Bastards se retrouvent...





Les Bastards se retrouvent du 22 au 29 août 2010 au







Pour ceux qui sont au moins deux amenez un dessous de drap et une housse de couette... Pour ceux qui sont un (inconscient, comme si cela était possible!) amener un dessous de drap et une housse de couette... Si vous en avez pas ne croyez pas que vous serez dans de beaux draps, j'ai le drap long vous savez, et que c(h)ouette je trouverai...

Eric

dimanche 1 août 2010

dernière séance avant les vacances et avant le stage chez Eric :

trois comédiens, Françoise, Eric et Bernard; Babin à l'extérieur-intérieur; deux public ("Tu es mon seul public!" écrit Freud à Fliess) de choix : Sarah Waroquet et Alice Babin!! Qui regarde qui?

Après un semblant de taupe (depuis quelque temps la taupe glisse vers le jeu, le divertissement; ça n'est plus centré sur le vocal), je propose aux trois ensemble, ou séparément le thème suivant : parlez nous de la pièce. Ils décident de rester ensemble. Ça patauge bien, de façon statique. Que des idées. Je pense : mais que vont penser les filles? J'essaie de relancer et Eric reprend de volée en posant à nouveau la question déjà engagée par Estelle il y a quelque temps : Quel est l'enjeu de cette pièce? Que voulons-nous faire passer? Enfin!

A partir de là , il est indiscutable que les lettres prennent tout leur sens, leur valeur décisive, donc dramatique et scénique. Après quelque temps de débat à bâtons rompus, il émerge l'idée que chacun pourrait choisir des lettres ou des extraits et, sans les lire, à partir de quelques extraits cités de mémoire, s'engagerait à les porter, à les faire vivre, à en faire passer le propos et l'audace, voire l'émotion. A partir de ce tamis, ou pourrait réduire le fossé entre les impros et les lettres; on arriverait peut-être mieux à les interpréter, et à les jouer aussi avec l'instrument des impros, à savoir Chantal T, la jeune stagiaire, la valse, l'instit, la petite fille chez le coiffeur, la lettre à Emma, les lettres à Hitler, le rêve de Tabucci . Le raccord parait de moins en moins évident avec la scène de la gare.

A vos lettres! Soyez une lettre, des fragments de lettres, faites passer, jouez ce rôle, ces rôles: faire passer Freud!! A Saint Hilaire, avec ou sans "représentation", ça tournera autour de ça : comme on raconte, comme on joue une histoire, nos vacances, un film, un rêve, un livre, une pièce de théâtre. Je pense que c'est une bonne voie.

Bernard a émis l'idée, le lendemain, par e-mail, que Babin pourrait jouer une sorte de monsieur Loyal, dans cette histoire bizarre. Un guide pour égarer. J'y avais déjà pensé. A travailler.

Amusez-vous bien, mettez du jeu. A bientôt chez Eric. Je vous embrasse.
pb